PRECISIONS

août 25, 2009 at 10:10 (1)

L’ensemble est à lire du premier article parut au dernier. Du bas vers le haut. Du bas de la seconde page au début de la première. CLAIR? CAPICHE?

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EPILOGUE

août 25, 2009 at 10:01 (1)

Était-ce réellement utile d’écrire ici ce soir en votre compagnie ? Cela vous as-t-il captivé ? Le rythme « léger », tintinnabule guillerette et riante des touches survolées d’un clavier noir et blanc a-t-il remplit son office ?
Je n’ai ici, pas la prétention de me justifier.
A peine ais-je la couardise de m’excuser.
Mais ce sera tout.
Je vous prie de croire que durant notre courte rencontre, j’ai été l’homme le plus sincère du monde. Rousseau, de son promontoire d’hypocrisie, en bas, au 5ème cercle de l’enfer en rirait surement. Voilà que je cite un auteur que j’exècre dans mon premier recueil. Un paradoxe de plus ou de moins, me direz vous…
Paradoxe ami. Frère. (Là, c’est bien Rousseau que je cite à nouveau) les as-tu remarqués ? Un jeune homme aussi brillant soit-il qui écrit autant d’énormité. (Plus grosse que lui, je vous assure… Regardez la photo en quatrième de couverture, vous constaterez que ce n’est pas peu dire) Un jeune homme aussi peu humble soit-il qui a autant de recul sur son univers, sa propre absurdité dans l’univers de l’adolescent qui espère le monde tel qu’il le devine depuis sa tendre jeunesse. Ah… Que ces phrases alambiquées vont me manquer. Te manqueront-elles ? Excuse-moi. Encore pour me rassurer. Ne t’en fais pas, je continue.
Je te disais donc que j’avais été parfaitement sincère. Et bien oui ami. Oui. J’étais ce jeune adolescent trop paresseux de ses dix appendices pour écrire ce qu’il avait au cœur. J’étais ce jeune Bashir insouciant. Et son frère plus sage à ses côtés, réussissant modestement des études inutiles. J’étais cette amie au keffieh moutonneux, j’étais cet écrivain cynique nié par la vulgarité du monde (là, je cite Lagarce. –Tu vois ! Je le dit ! Je suis honnête !) Vulgarité que j’incarne ! Vulgarité de l’adolescence, vulgarité de ce corps grossier qui expulse tout son saoul une fois la puberté surgit ! Charmant virus. Petit rien qui pète. Qui éclabousse gentiment les voisins… lorsque, fenêtre ouverte aidant, ils perçoivent ses ébats solitaires… -trop honnêtes… trop honnêtes.
J’étais tout ce beau monde qui bouillonne, proteste déraisonne et fuit une fois la plume ancrée, l’esprit galvanisé, la paresse enchainée au côté de l’inhibition de la raison et enfermée à double tour.
Mais. Une chose me fait croire que je ne l’ai pas entièrement perdu cette raison. Une chose me fait espérer que, lors de la lecture de ces pages de vierge, vous ne m’avez pas quitté. -Là, c’est moi que je cite, le lecteur averti aura reconnu la deuxième préface-, C’est cet espoir, ce minuscule espoir, un peu fou, mais tellement puissant, magique et galvanisant, que vous avez pris un pied monstre, un panard honteux, un arpion fantastique, un paturon déglingué, un ripaton extatique à me suivre ça et là, dealant, rêvant, exubérant et ostentatoire, écrivant et parlant, intime et dérisoire. A écrire tout et rien dans ce magnifique tout crée d’un rien. Je vous laisse là ici. Dans cette conclusion presque inachevée. Avec cette dernière citation du dernier fou géniale qui m’inspira. Bonne recherche et bonne chance à tousJ.

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CHAPITRE XI

août 25, 2009 at 10:01 (1)

Choisissez un personnage au choix parmi ceux rencontrés

Mercy de la Lune

1.

« Sors ! Dégage !
BARRE-TOI ! »

Tels
étaient les trois mots que je lui jetai à la figure après trois minutes d’un
silence de glace. Pourtant, il continuait son manège et ses menaces
silencieuses. Il me toisait, fièrement posé sur mon bureau. Rien ne me gênait
plus que de le voir là, devant moi, hilare et ravi. Et d’une suffisance qui
frôlait l’indécence perverse.

Moi, à l’autre
bout de la chambre, replié en position fœtale, caricature du malade mental en
pleine crise, je cultivais ma haine contre lui. Ses formes m’inspiraient une
révulsion indicible. Cette agaçante perfection de l’octogone, la géométrie en
guise de plume. Quoi de plus énervant pour un écrivain que d’accoucher d’un
imaginaire merveilleusement désordonné avec quelque chose d’aussi géométrique.
Vivre son désordre avec quelque chose d’aussi carré et limité ! Quelle ironie !
Il m’était d’autant plus difficile de supporter cette haine car il ne me venait
aucun mot pour la décrire. Voilà mon problème majeur : j’étais en panne
d’inspiration, et ce crayon de bois me rappelait à quel point le néant prenait
une place importante dans mon imagination. Mon esprit d’ordinaire prolixe et
volubile se retrouvait condamné au silence. Condamné à damner un crayon de bois
qui se moquait ouvertement de mon infortune. Et même dans mes invectives glaçantes
marquées au fer rouge, il y avait moins d’inspiration guerrière que dans le
silence de ce bout de bois sans vie.

Ne pouvant
plus supporter ce simulacre de combat intérieur, je me levai de ma chaise et
brisai la géométrie du monde en mille morceaux. Simplement, Le monde se vengea
et me planta une écharde dans le pouce droit. La douleur fit monter des larmes
que mes glandes lacrymales avaient trop l’habitude de sécréter. Réflexe quasi
instinctif, je sortis mon mouchoir et l’utilisais bruyamment tout en suçant le
pouce douloureux. Le monde me l’hurlait! La Logique faisait partie de moi!
Dernier pied de nez de mon crayon vengeur avant un jet définitif de ses restes
à travers la fenêtre. La lutte était vaine. Et perdue d’avance. J’étais
condamné à laisser la plate et morne réalité des limites terrestres m’envahir
pour ne plus jamais me laisser accéder au spectacle de la miraculeuse
imagination.

Je me sentais
agressé, violé dans mes propres chimères. Et surtout fatigué. Une fatigue
qu’une nuit de sommeil ne parviendrait pas à effacer. Une fatigue du corps, de
l’esprit et de la conscience poussée à son paroxysme. L’inexistence de
l’énergie dans mes muscles et la trop récente douleur m’avaient rendu flasque,
livide et incapable de soutenir le poids de ma carcasse. Naturellement la
réaction fut immédiate. De lui même, mon tronc tomba. Peut-être pas aussi bas que là où
mon esprit venait de déserter deux secondes plus tôt, mais suffisamment pour
m’assommer pendant plusieurs jours. Un corps qui s’assomme de lui même. De
toutes façons j’étais déjà profondément endormi avant de pouvoir me plaindre de
cette nouvelle ironie sur la fatalité du dérisoire qui rejoint l’absolu.

Mercy de la lune
2.

Ne sachant pas le pourquoi d’un réveil soudain qui me remit d’un pied chancelant sur des souvenirs ardents, je tentai vainement de rassembler un semblant de mémoire immédiate. Ou de conception d’une idée. Rien qui ne puisse me mettre en joie car les seules que j’avais et elles étaient nombreuses, tenaient du suicide douloureux et diablement efficace. La terrifiante constatation d’avant ma chute réparatrice me revint en morceaux dans un coin de ma tête. Et, instinctivement, mon pouce droit se porta à mes lèvres sèches et crouteuses. Je pouvais sentir le morceau de géométrie à travers ma peau. Un bruit sourd me surpris. Bien que mon oreille l’ait perçut depuis le début, je ne réagissais que maintenant. Une pluie claire, froide, et battante. J’en avais besoin. Je sentais que la nécessité de m’y plonger me brûlerait les entrailles. Cela en devenait vital. Comme si la pluie me permettrait de revivre de zéro. Qui sait, cette nuit, on me trouvera, m’emmaillotera dans des draps de soie, et on m’emportera avec soi. Pour tout revivre dans un futur sans ombres. Tout sauf les erreurs passées.

Plus de temps à perdre. Je pris ma veste bleue nuit accrochée à la patère de ma porte de chambre et courus en direction de la fenêtre. Je l’ouvrai en fracturant le verrou et Je sautai à travers, armé d’une délicieuse inconscience et d’un goût nouvellement acquis pour la violence et la fulgurance de l’instant présent. Quelques éclats dans les cheveux, de nouvelles blessures. Nouveaux débris de la réalité géométrique. Qu’importe. Une longue chute dans le noir sous l’approbation de la pluie. Un bruit sourd, les muscles se raidissent, les articulations tiennent le coup. La course continue à travers les lumières de la ville et les hurlements des voitures. Partir. Je devais quitter la ville. Trouver la tranquillité dans le désert. Et vivre cette renaissance dans la pluie. Le désert je ne le trouverais pas. Et dans ma hâte et mon désir d’ailleurs, je me perdrais. Et la pluie commençait à perdre de ses attraits. Qu’est-ce qui m’avait pris de fuir ainsi ma chambre? Plus je réfléchissais et plus je me disais que cette folie se transformait en suicide intentionnel.

Et c’est là qu’apparut quelque chose qui évapora tous mes doutes. Une colline étrange et fantastique se dressait fièrement jusqu’à traverser les nuages. Au prix d’une longue marche à travers une végétation hostile et protectrice d’un merveilleux secret que je découvrais plus tard, j’arrivais enfin en haut de la colline.

Qu’ai-je aperçu? La lune. Que faisait-elle? La plus belle des choses. Quelques minutes plus tôt, encore sous le coup la fatigue, je remarquais un fait nouveau. La pluie me caressait le visage. Ce n’était plus une pluie battante et purgative. Celle-ci se laissait tomber en fines gouttelettes sur mon visage, chaque gouttelette plus douce que l’autre, chaque gouttelette plus caressante que sa sœur aînée. Mes yeux s’ouvrirent et distinguèrent une chose que la logique réprouverait vigoureusement. J’avais traversé les nuages. J’étais au-dessus des nuages. Comment était-il possible que cette nouvelle amie fluidyante vienne me voir? Je levai la tête pour en découvrir l’origine. Je la perçus. Et elle me vit. Le monde passa sous d’autres latitudes. Des jours et des nuits se succédèrent dans un rythme qui frôlait la lenteur du vieillard et la rapidité du jour.

Le monde vivait. Je m’en étais désincarné. Je vivais dans cette magnifique présence. Même disparu sous la lumière du soleil aux heures du jour, je la contemplais. Elle s’était accrochée à moi. À ma rétine, comme imprimée. Pas à cause de sa lumière puissante. Mais bien grâce à sa beauté. Dans ma rétine, dans mon cerveau, dans mes souvenirs, dans mes chimères, dans mon âme recomposée. Et, fait nouveau, vivante. Le seul mot qui me vint après mille éternités passées avec tantôt sa présence, tantôt son puissant souvenir fut

-La lune est….

Son visage sembla s’épanouir en un sourire. Comme si, depuis que j’étais apparu, un soir, elle espérait que je lui eut donné une raison de m’attendre avant de reprendre sa place chez les archanges. Mais, j’étais incapable de parler. De terminer ma phrase. De, composer les termes dans mon esprit toujours inhabité par l’inspiration. Oh… bien des mots me venaient. Mais je ne pouvais les déclamer. Ils n’auraient pas un éclat de sens. Alors, je cherchais dans les mots des autres. Shakespeare? Trop convenu. Rimbaud ? Il n’a jamais écrit sur la lune. J’essayais un Plérant que j’admirais:

“je cultiverais le poète qui saura rêver
les louanges de ton onirique beauté “

Sitôt ces mots maladroitement clamés en offrande, je me mis en quête d’un gland dans les buissons. Je sélectionnais le plus beau de tous et l’enterrais profondément. Modeste présent. Symbole d’une vie. Mon renouveau s’effectuait. Je me reconstruisais. Mon acte en tant que nouvel Adam fut de replanter la nature onirique. C’est ainsi que je devins un cultivateur de l’inspiration pour La lune et son chagrin.

3.

Lorsque mon pouce décida de faire revenir mon esprit du spectre de la conscience, il le fit avec une douleur aiguë et sur le lit sur lequel je ne m’étais pas endormi un millénaire plus tôt. Je me réveillais dans un chaos que mon cerveau hypersomniaque essayait de remettre en ordre. Quand mes yeux recouvrirent une partie de leurs facultés, je constatais que la douleur ne venait pas de l’écharde d’ailleurs enlevée et posée sur ma commode, mais bien de l’angle inquiétant qu’adoptait mon pouce droit enveloppé dans un pansement d’infortune fait avec mes restes de chemises. Il formait un signe universel de réussite absolue. Bien incapable d’entamer un processus de réflexion pour élucider le mystère du pouce en charpie, je retombais immédiatement dans une nouvelle phase de coma. La douleur ne parvenant pas à me laisser éveillé deux minutes de plus. Elle ne pouvait pas lutter à côté de la perfusion de somnifères à laquelle j’étais lié malgré moi.

Je retombais mort au milieu des échardes de
plomb, face à la lune agonisante.
Elle désire me vivre.
Je la vois mourir.
FIN

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CHAPITRE X

août 25, 2009 at 10:00 (1)

Pendant ce temps là, dans un endroit dont l’existence n’a pas été prouvée (mais qu’on espère quand même qu’il existe sinon on vit dans son opposé)

Je me raccroche au bord. J’ai peur de tomber. Le vide en face de moi m’effraie. C’est stupide. Je pourrais me rattraper comme je veux. Mais j’ai peur. Et c’est cette frayeur irréelle et déraisonnable qui va me pousser à ne pas me lancer tout de suite. Comment s’y prendre. Je n’ai jamais vu personne d’autre le faire. Jamais vu un autre que moi sauter. Il faut sûrement du courage. Ou une absence de courage pour le faire. Tout dépend du point de vue. Je prends le parti de ne prendre aucun point de vue. De sauter et puis c’est tout.
C’est le matin. Le soleil me fait face. Il sait ce que j’ai peur de faire. Ce que je m’apprête à faire. Peut-être s’est-il levé, peut-être a-t-il imaginé ce matin comme une belle façon de me dire au revoir. C’est gentil de sa part. Je n’en demandais pas tant. La lumière qui caresse mes iris est orangée. Jaune et orangée. Très douce en fait. Je le regarde en face, sans que jamais mes paupières ne se contractent. Je crois qu’il est là pour que la peur s’échappe et me laisse tranquille. Salut toi. Tu viens m’aider ? Assister au spectacle ? Juste éclairer mon chemin vers le bas.
Je ne me suis même pas cru quand j’y ai pensé la première fois. Je me disais que je me mentais. Et que je me dissimulais la vérité. Que je tenterai, mais que je me raccrocherai tôt ou tard à ce rebord. Aussi vaporeux soit-il. Peut-être aurait-il été plus judicieux de le faire à la nuit tombée… ? Après tout, la lune peut me comprendre. Elle enfante les doutes et la frayeur chaque fois que son frère le soleil vient mourir sur ses genoux. Car ma lune est une mère aimante. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas voulu le faire devant elle. Elle ne l’aurait pas acceptée. Elle en pleurerait. Plus encore si elle l’apprenait par quelqu’un d’autre que par ses yeux. Tant pis.
Et lui ? Il en pense quoi ? Il me regarde ? Je ne sais pas. Je pense qu’il cherche à m’ignorer. Je ne peux être ignoré ce matin. Personne ne peut m’ignorer. Je vais créer la surprise. L’événement tragique du millénaire. Le soleil tentera peut-être de me sauver. La lune l’aurait surement fait. Elle se serait décrochée, et m’aurait portée dans son sein jusqu’à la rive. C’est aussi pour ça que je ne le fait pas devant elle.
Le soleil me quitte. Il s’en va un peu plus haut. Réveiller les autres. Peut-être les prévenir même. Je crois que ça va commencer. Il faut que je me prépare. Le vent se lève. Ca ne servira à rien. Désolé. Les nuages s’épaississent. Ça ne servira à rien. Désolé. Un océan de flots miroitants glisse sur le rivage d’une île abandonnée. Ça ne servira à rien. Désolé. Ne tente pas autre chose… Ce serait prouver que tu existes. Tu ne le voudrais pas n’est-ce pas ? Je crois que je commence à faiblir.
La corde autour de mon cou me serre affreusement. Elle se contracte autour de ma gorge immaculée. Mes cheveux perdent leur frisure. Ce sont des cordes qui viennent pendre jusque dans l’abysse. Ça ne servira à rien. Désolé.
Enfin. Elles commencent à faiblir. Elles qui voulaient me retenir contre ma volonté. Elles ne parviennent plus à me soutenir. Les bras ballants, les yeux bleus, posés sur le regard invisible que je devine par delà l’infinité du firmament des premiers jours, la bouche entrouverte, comme pour accueillir un dernier soupir.
Un dernier soubresaut. Elles ne respirent plus. L’océan est peu à peu recouvert de l’écheveau de soie blanche de leurs cadavres. Elles ne se s’agitent plus. La corde, accrochée au bord du nuage blanc, s’éveille et semble rappeler son existence. Elle se tend au maximum. Je n’envoie pas mes bras assouvir mon instinct de survie. Eux, ont compris. Il arrive. Le dernier soupir se libère par delà ma gorge écrasée et mes lèvres violacées.
Mes ailes sont mortes. Je les rejoins.
El angel caido

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CHAPITRE IX

août 25, 2009 at 9:59 (1)

Pendant ce temps là, chez notre Auteur ( pas l’ado qui transpire, celui qui respire )

L’auteur du personnage.

Je me balade rarement le soir. Non pas que je ne trouve pas sympathique ce genre de petit aparté avec soi-même dans la quiétude neutre et continue du bitume froid. Juste que j’avais peur de devenir ce cliché de l’auteur qui cherche l’inspiration dans le reflet d’un lampadaire cassé sur une flaque d’eau stagnante et répugnante et que j’exècre plus que tout. A rêver d’un tas d’inepties sur l’art et la manière de magnifier ce lampadaire avec langage pompeux et verbe élogieux. C’est vrai quoi. Qu’on arrête, c’est qu’un lampadaire.
Mais je ne sais pas pourquoi, ce soir, alors que ce cher Harry Black finissait son journal enfermé dans le téléviseur dispendieux que je m’étais payé la veille sur un coup de tête, il m’a pris d’ouvrir la porte d’entrée, de dire bonsoir au voisinage désert et, galvanisé par un scotch hors de prix, laisser irradier un sémaphore dans l’âtre de mon inspiration en manque de buche solide.

Je venais de publier mon quatorzième bouquin, un nouveau et très efficace thriller. Très mauvais, je dois le confesser. La réclame à la radio allait m’assurer un autre succès injustifié « A Londres, dans la nuit de Noël, un cadavre calciné surgit de la Tamise ! Un nouveau défi pour l’inspecteur Shepard ! Face à son plus féroce ennemi ! –Jusqu’au prochain, ricanais-je alors à chaque fois – « Le compteur d’électricité » ! Le nouveau best-seller de Marchel Granday ! » Ô joie ! Ma pire plume au service de l’ennemi de la littérature. Mais, c’est marrant ! Et c’est un cercle financièrement vertueux ! Ça me permet de me payer de nouvelles lignes blanches sur le petit plateau en or que ma « chère et tendre » siliconée m’a offert ce weekend. Ceci aidant à la ponte d’une nouvelle série d’œufs noirs stériles mais alimentaires! Que serais-je sans la drogue. Et sans les métaphores vaseuses…

Bref, j’étais dans un état proche de la quiétude que l’ouvrier ressent une fois le travail achevé en fin de journée. Un vrai plaisir. Se balader le soir comme on n’en a pas l’habitude pour profiter des lampadaires. Je ne croise personne. Cela n’a rien de surprenant. Les feux verts clignotent connement dans le vide sans voiture à taquiner. Plaisir trop rare, je peux entendre le bruit de mes pas. Le son m’enivre. Je me surprends à chantonner Hallelujah de Leonard Cohen sur le rythme de cette marche tranquille et sûre. Mes sinus presque troués sifflent au vent. J’ai l’impression qu’ils m’accompagnent. Bientôt le petit crescendo, Vas-y Leo !
Merde. J’ai ma vessie chatouillée par la biture nocturne qui se rappelle à mon bon souvenir. Personne ne regarde. Cohen s’est tu. Ca devient glauque. Je crois que je vais uriner contre une porte pour parachever le tableau. Peut-être même décrire ça dans ma future daube million-seller. Au moment où le zip de ma braguette annonce le soulagement, la porte s’ouvre et je tombe stupidement à la renverse. La scène est presque comique. Une voix sortie de nulle part chuchote gênée :

-Venez pissez à l’intérieur ! Vous serez plus à l’aise !

Je me relève un peu étourdi. Diable ! Ce n’est même pas du second degré ! Le type me tient la porte pour que j’entre. Ce que je fais dans le silence le plus total. Je n’ose même pas un hypocrite « Vous savez, ça m’arrive très rarement d’uriner sur la porte des gens ». C’est faux. J’urine chez eux. Les témoins de ma virilité siliconée rasées sont à l’air et mes lecteurs boivent à s’en étrangler. Pour les gens un peu lent que la métaphore dégoute au lieu d’impressionner, confère le deuxième paragraphe sur les livres que j’écris. Je continue. Donc, je disais que je n’embarrasse pas le gus d’une hypocrisie même pas latente. Le brave homme ne semble pas en demander tant, et m’ouvrie la porte des cabinets.

Après avoir achevé l’ouvrage commencé devant l’entrée de ce qui m’apparait maintenant comme un hôtel deux étoiles –selon les critères des seventies de début de crise-, je sors et trouve le bougre –qui doit être âgé d’environ quatre-vingts ans- en train de balayer dans le grand couloir haussmannien aux couleurs chaleureuses. On eut dit un cocon trop confortable pour être honnête.

-Vous travaillez ici ?

Pas de réponse.

-Excusez moi pour toute à l’heure -oui je sais, je m’excuse quand même… je suis un lâche. Et un hypocrite. J’ai une excuse : J’écris des livres.- Je suis un peu fatigué en ce moment, je n’ai pas fait attention…

Là, par contre, le vieux compère réagit. Il cesse son ouvrage et me regarde tranquillement. Sans m’ausculter. Ni me juger. Il ne fait que me considérer. Comme l’homme contemplerait sa femme avant de croquer cette saleté de pomme au jardin du grand à barbe. Il a un sourire. Sourire que je qualifierais de tranquille. Rien de plus. Pas de sous-entendu. Et il me dit le plus authentiquement et simplement du monde :

-Y’a pas d’mal M’sieur. Juste, évitez de pisser devant la porte de l’hôtel, y’en a que ça pourrait chagriner.

-Chagriner…Je comprends… Vous…Vous travaillez ici ?

Le sourire de cet énergumène résolument sympathique s’élargit. Il est vraiment… solaire. Et affiche une certaine joie franche et pérenne que seule la simplicité des bonheurs et des préoccupations permet.

-Disons juste que je ne pense pas que je travaille. Je passe le temps ici. Pas le ménage. Oh ! Vous pourrez me la piquer à l’occasion dans d’vos futurs bouquins ! Non pas qu’je travaille pas. Au contraire, juste, j’estime que je vis ici et j’en suis pleinement satisfait. C’est pas tellement passer la poussière ou récurer les sanitaires qui me rendent jouasse. Juste, l’idée de vivre avec des gens que je croise. Que je ne connais que dans leurs bontés naturelles, le matin, quand ils sont heureux de me voir débarquer avec leurs croissants. C’est comme faire un cadeau à des enfants. Chaque jour Noël, donner et recevoir. Travailler assez pour gagner un peu. Juste un peu. Rien m’acheter, juste attendre une fois l’an de partir où je veux. Pas dans un traquenard pour touriste. A la campagne. Pour respirer avec les arbres. J’ai autant besoin d’eux qu’eux, ils ont besoin de moi. Une espèce d’alchimie. Je plante beaucoup. Je les appelle mes enfants. Et le soir, je rentre, j’ai ma maison de pierre. Je réfléchis. Je regarde par la fenêtre, je lis un peu. Et je m’endors avec cette impression que tout va recommencer demain. Mais que ça sera différent. Beau… C’est l’mot je crois… J’ai jamais réfléchi sur la beauté. Je laisse ça aux gens qui pensent. Et qui la décrivent. Moi je préfère la vivre.

L’étrange monologue de cette personne, cet original en marge, fit naître en moi un ensemble de sentiments, sensations, ressentis. Cette impression de vivre quelque chose de peu commun. L’homme avait une valeur littéraire inspiratrice inestimable. Il était le type même du personnage en marge que l’on rêverait de rencontrer. Son visage s’illumina plus encore. Mais son sourire changea. Il devint lourd, fardé, et appesantit d’une arrière-pensée qui n’existe que chez les gens comme moi. Le bougre perçut ma surprise

-Ah Ah ! YES !!! Je t’ai eu ! T’as été beaucoup plus compliqué que certains ! C’est la première fois que je sors toute la panoplie !

Complètement abasourdi, incapable de réagir, je me permets juste un vague mais solennel « Hein ? »
Le vieux ne dit rien d’autre, me sort une carte de visite en papier glacé avec couleurs, orthographe et police d’écriture très professionnelles. Juste après ça, il prend son balais en bois et le rétracte. Il sort un attaché case noir flambant neuf et le mets à l’intérieur. Moi, toujours incapable de parler correctement, la bouche entrouverte, la main tendue avec la petite carte chiffonnée, je le regarde sans trop y croire.

-Antoine Bonpuis. C’est ça mon nom

Et en effet, sur la petite carte, on pouvait lire –enfin, vous. Pas moi. Moi je suis connement en train de baver sur mon polaire- :

« Antoine Bonpuis, personnage de livre stéréotype.
Charact and cie.
Master en Giono 2ème niveau, Maîtrise en science appliqué de la « personnage au logis » avec option campagnard sénile et sacré-plaisir-ologue. Expert es « Bonheur simple ». Plomberie et Tuyauterie »

-Vous pourriez m’expliquer ?

-C’est très simple Coco. Mais je vais pas y passer des heures. J’ai des clients à voir. T’es pas le seul scribouillard en perte de talent sur la terre, je peux te le garantir. Tu connais Jean Giono ? Ray Bradbury ? Marcel Proust ?

-C’est vaguement les meilleurs auteurs de leurs générations non ?

-Enfin… tout n’est pas perdu. A part un sens de l’ironie à la rue, t’es plutôt pas trop mal culturé. Bah j’ai inspiré toutes ces personnes.

-Hein ?

-C’est très simple, tu vois un auteur en perte de vitesse. Il vient d’écrire un excellent bouquin, et il se retrouve paumé dans l’écueil du succès qui lui moisit l’inspiration. Et c’est là que je débarque. Moi le personnage. Depuis un petit temps, je me suis spécialisé dans les gars en marge tu vois, les types un peu complètement heureux de leur vie qui te la raconte au détour d’un passage clef d’un bouquin. Faut savoir que je me prépare des mois à l’avance. Etudes statistiques, profiling, documentation, toute l’identité du gugusse à inspirer, et je la pompe, et je le déglutis dans ce personnage merdique à souhait que tu vois là. Franchement, j’ai jamais cru que le coup du laxatif dans ton café marcherait. D’ailleurs t’as préféré les chiottes de chez toi aux cabinets que j’avais installés devant ta maison de campagne. J’ai dû y aller sévère avec un truc qu’est même pas dans le commerce. Le vampilax. Ca te fait pisser comme un dieu pendant deux jours ! Bon après, c’est un peu au stade de l’expérimentation hasardeuses sur des brebis modifiées, je garantie pas que tu passeras pas par les vomissements, la poussée d’hormones ou les tétons qui durcissent. Faut dire, tu facilites pas grand-chose ! Mais le résultat est là… Caméra thermique, reconnaissance d’urine reliée à la porte. Je pouvais plus te rater.

-Hein ?

Voilà. Un univers ébranlé résumé dans ce « hein » intemporel, inattaquable, imbaisable. Ce spontané, ce borborygme génial et concis. Compréhensible dans toutes les langues, tous les dialectes merdiques et même en braille. C’est beau le hein. C’est bien le hein quand on comprend rien.

-Mais… y’en a d’autres des… ? J’veux dire… Vous… tu…

-Alors, au choix, tyran sanguinaire de deuxième niveau, tante initiatrice aux plaisirs de la chair, écrivain blasé en perte d’inspiration avec option cynique qui se hait –Begbeider en raffole de çuilà – et notre meilleur, l’impérissable, celui qui existe depuis que Peyo s’écrit avec un Y. Le grand Schtroumpf ! Attend ! Des années d’ancienneté. Un cador le gars ! Gandalf le blanc, Bouddha, Dr Manhattan, Dieu dans la bible ! Le livre le plus vendu de tous les temps. Et même Dumbledore, dernier gros succès. Il est carrément devenu PDG de la boite Charact et compagnie. Un vrai dinosaure le mec.

-Vous êtes une muse ? La muse Clio ?

-Clio ? T’es pas fou ?! Comment tu connais ça toi d’abord ? On est plus maqué avec cette ordure depuis qu’elle s’est vendue à Renault ! Nan, maintenant le business, c’est en solo ! On est des personnages professionnels Monsieur ! Les muses elles sont toutes à la retraite ! Et heureusement ! Elles avaient toutes un nom de MST incurable ! Nan sérieux… Et même si Clio n’avait pas vendu son âme à Renault et ses concepts cars, on l’aurait pas gardé. 50% des bénefs qu’elle se gardait pour sa pomme ! Pas fou le mec… Par contre, je vais être obligé de te vider la tête pour que tu oublies tout ce que je viens de te raconter. T’auras que le souvenir du monologue et un bon millier de lignes à écrire. Je pense qu’avec la dose que j’tai filé, t’es bon pour un million-seller à travers le monde avec ta meilleure plume. Problèmes résolus Gars ! Tout ce que t’as à faire c’est… Et mais tu fous quoi là ?

Là en fait je lui tends ma carte…
« Marchel Granday, personnage de livre stéréotype.
Perso and co.
Master en Wilde 3ème niveau, Maîtrise en cynisme appliqué avec option connard sans cœur et langue de dieu. Expert es talent génial-mais-pas-capable-d’écrire-une-ligne-ologie. Diplômé de l’académie de Caustica en Californie. Spé Auteur cynique pour Stephen King. Plomberie et Tuyauterie

Là le mec ne sait pas trop répondre. Son attaché case s’ouvre et étale son contenu sur le sol. Il est lui aussi, très tenté de se répandre sur le sol tant la honte l’empêche de me regarder en face. Il essaye un timide :

-Toi aussi t’as besoin d’arrondir les fins de mois avec la plomberie?

- Quand on me fait rater les clients comme celui de ce soir oui !
Et merci pour le Vampilax Connard !

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CHAPITRE VIII

août 25, 2009 at 9:59 (1)

Retournons voir notre ado qui transpire
La fille qui rit en face de moi. J’ai envie de lui dire de se taire. Je n’ai pas envie de l’écouter maugréer et pouffer. Car elle ne fait que ça : maugréer et pouffer.
Je suis mal à l’aise ce soir. Le bus qui file entre les voitures tient une allure qui m’insupporte. Le téléphone de cette fille qui pouffe et maugrée n’arrête pas de sonner. Comme si chaque sonnerie était un battement de son cœur artificiel dans un corps qui l’est surement tout autant.
Le bus continue de rouler. Mon arrêt, je l’ai dépassé depuis longtemps. Je me doute que je n’aurai pas l’occasion de rentrer chez moi avant la nuit. Je crois que je vais encore passer toute une nuit entière totalement dans le noir d’un autobus bombé avec cette fille qui ne fait que rire et maugréer alors que son portable sonne tout le temps.
En me jetant des regards à la dérobée, j’ai l’impression qu’elle me force à sourire. J’ai l’air obligé de constamment sourire. Elle me surveille. Elle ne veut pas que je face tache dans la photo imaginaire qu’elle a envie de prendre dans sa tête. Et comme un abruti, j’obéis. Opérant un simulacre de bonne humeur alors que tout m’insupporte. A commencer par cette fille qui n’arrête pas de rire et de maugréer. Et ce bus qui ne s’arrête pas de contourner les feux rouges. Lui, il ne veut pas me donner le temps de m’arrêter, il ne veut pas me donner l’occasion de regarder une image statique d’un trottoir et de ses passants. Je suis comme cette fille qui m’emprisonne. Je veux garder une photo imaginaire de la rue pour me rassurer. Mais cette rue, je ne la veux pas souriante. Je la veux dégoutante, suintante de misérabilisme réaliste et de pauvreté ! Je veux au moins un SDF transi de froid ! Au moins un petit garçon qui déchire la robe de sa mère ! Et un sac de course à moitié vide parce que la crise pèse sur cette pauvre mère et son enfant ! Et je veux une façade d’immeuble abandonnée ! Je veux qu’il y ait au moins un immeuble de rêves brisé ! Inoccupé par ce SDF qui ne rêve que d’y squatter !
Et je veux que cette saloperie de bus s’arrête pour me donner l’occasion de voir tout ça ! De sentir ! Limite de ressentir ! D’être ce SDF ! Ce petit garçon qui crie pour un problème imaginaire, un fardeau aussi léger qu’un programme télé non vue mais aussi lourd à voir venir qu’une troisième guerre mondiale !!! Je veux que cette fille quitte le bus immédiatement !!! Si seulement il voulait bien s’arrêter ! Arrête-toi ! Fais la partir ! Et que ce sourire me quitte aussi ! Qu’elle arrête de rire et de maugréer ! Que ce SDF meure réellement ! Que l’appartement s’enflamme subitement ! NON ! Pas de combustion ! Sinon y’aura encore un optimiste pour dire que c’est une intervention divine !!! Non !! Alors juste qu’il s’écroule ! OUI ! Et qu’il écrase l’enfant et sa mère ! Comme ça, sa mère ne pourra jamais rentrer ses courses ! Et l’enfant ne pourra jamais voir de rediffusion de son programme télé préféré !
QUE QUELQU’UN FRACASSE CE TÉLÉPHONE ! Et que cette fille ait les yeux arrachés pour que plus jamais, ce faux sourire déforme la réalité de mon visage.

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CHAPITRE VI

août 25, 2009 at 9:58 (1)

Appartement de la famile Overcik. Salon. Guillaume et Marie discutent
-…Et sûr que ça marche ?
-Mais oui ! Regarde l’écran !
-On fait quoi maintenant ?
-Maintenant je t’interview.
-Hein ? Ça sert à quoi ?
-Ca sert à c’que ça me rendra service par la suite… Ne cherche pas plus loin. S’il te plait.
-Okay… Mais tu vas sauvegarder tout ça ? Même ce qu’on est en train de dire là maintenant ? Exemple, si je te traite d’abruti, tu vas garder ?
-Alors Marie ? Toujours pas rompu ?
-Très marrant
-Fallait bien que je me venge.
-On commence oui ?
-Deux secondes. Voilà.
Guillaume prend deux secondes pour installer son micro à portée de voix. Marie triture ses cheveux châtains coupés court à la frange. Sa peau sent le marqueur dont elle s’est servie pour écrire des légèretés noires et hilarantes. Guillaume commence à douter de la pertinence des interventions de Marie. Surtout si celles-ci doivent toutes figurer dans son projet. Autant essayer. Il trichera plus tard sur le montage.

IX

Voyons ce qu’elle a à nous dire elle.
Marie et son premier Keffieh

Vu et infecté par un ado qui transpire

Je ne sais pas trop pourquoi je l’ai acheté en fait. Je ne crois pas aux conneries psychologiques à deux balles. Non, je ne l’ai pas acheté pour me « cacher derrière une toile protectrice face au regard des autres ». Je l’ai pas acheté non plus pour « affirmer une personnalité en quête de reconnaissance et de repères » ou autres raisons vaseuses que Momo, 35 ans, pilier de bar du Giroscope et ventre à bière professionnel pourrait vous sortir à grand renfort d’éructation ou de philosophie alcoolisée. Nan, sans rire je ne sais pas pourquoi. Il me faisait de l’œil. Il avait l’air confortable. Comme une écharpe sans les moutons poussiéreux ou cotonneux dans la bouche. Et les autres disent qu’elles ne s’en séparent jamais. J’en ai quelque chose à faire de ce qu’elles pensent ? Non. En vrai ? Oui. On est toutes et tous comme ça. C’est normal. Mais, au-delà de ça, j’en voulais vraiment un. J’ai besoin d’une raison ? Et non !

C’est drôle, la vendeuse me regarde de son strabisme menaçant comme si j’allais lui piquer la moitié du magasin. En même temps, traîner avec Natole, ça aide pas. C’est sûr… Je lui murmure un vague merci dans lequel j’essaie de réprimer un petit rire quand elle me donne le sachet, presque soulagée de voir que j’ai payé mon article comme un client normal. Mais oui! Mais c’est bien connu! Les adolescents sont des gens à part! On n’est pas comme tout le monde. On risque tous de se suicider un jour ou l’autre avec un CD de Céline Dion ou en sautant du rez-de-chaussée. On est aussi tous très cons et pas du tout raisonnables. On a tous fumé bu et couché cinq fois avant nos dix-sept ans. On vole tous les jours et pas que des films sur le net ! On est tous des caricatures avec que des nuages de relents de bière de Momo dans le citron. Et j’oubliais le MP3 ! On a tous des écouteurs et des MP3 greffés à nos oreilles et à nos poches de Jeans ! Ah non… Ça par contre, c’est vrai. J’en ai un.

Dehors, il commence à faire froid. Progressivement, les jours raccourcissent. La lumière décide de nous quitter plus tôt et de nous apparaître plus tard. Le soleil déprime quoi. Et qui sommes nous pour ne pas nous plier aux règles du soleil ? Genre on devrait aussi arriver à l’heure aux cours ! Le problème c’est que ça le fait pas trop comme excuse à la CPE « Mais je voulais suivre le soleil et le laisser me guider ! » C’est joli comme excuse mais c’est con. Là il fait carrément froid ! Pourquoi je n’y ai pas pensé tout de suite ? Je sors l’objet de son plastique que je jette sans plus de cérémonie dans une poubelle à proximité. Arf… première difficulté : mettre un keffieh. Comme ça ? Nan. Comme ça ? Oui c’est ça ! Finalement, l’exercice de la première fois se révèle plutôt facile. Une seconde peau se greffe sur mon cou. Une seconde nature se greffe sur d’anciennes habitudes. Ça deviendra instinctif.

Je me balade sur la place d’Armentières. Je réfléchis pas. Ou trop. A trop rien en fait. Je passe près d’un bar où tout les « Momos » de la terre noieraient leurs absences de soucis dans des blondes et des brunes en se grattant les burnes et en pensant à leurs blondes et à leur brunes qui n’ont pas touchés leurs burnes depuis longtemps. Mon dieu. Je deviens poète. Et très mauvais avec ça. Faut que je m’améliore. Tiens. Y’a un « Momo » qui a carrément plié une capsule de bière sur sa table. Amusée, juste pour voir, je prends cette capsule et en affuble ma deuxième peau. Et ça tiens ! Une deuxième capsule pliée. Et voilà mon keffieh qui se « Momoïse ». Un peu comme moi en fait. C’est drôle à dire mais je me ris des enseignements alors que je ne peux pas m’empêcher de les assimiler. De me repaître de choses apprises chez moi ou dehors dans le froid du nord et ses « Momo » par milliers. Et, presque imperceptiblement, j’évolue. Comme mon keffieh. Je me pare de nouvelles choses. Des essais hésitants mais déterminants. J’essaie et me trompe. Qu’importe. J’essaie et je réussis. Tant mieux.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai un n’yeux nostalgique pour mon vieux keffieh acheté une éternité déjà. Et je pense à tous les Momos de la terre. Une chose me vient à l’esprit. Pourquoi je ne vis pas dans le Sud à Saint-Tropez avec tout les beaux, blonds, marrants « David » de la terre ? Qui sait ? Sans Momo, je serais peut-être pas dans les bras du même type fantastique que j’aime depuis deux mois… :)

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CHAPITRE V

août 25, 2009 at 9:55 (1)

Il y a de ces jours gravés dans une tour d’argent. De ces jours de vents qui vous entraînent et tourbillonnent pour vous emmener là. A cet endroit. Futilité que cette image. Imagination que cette futilité. Le fait est que c’était de ces futilités merveilleuses qui vous entraînent, vous emportent à croire à des lendemains. Des devenirs. Futilité que cette première journée pour des milliers d’élèves. Gravée dans sa tour d’inconscience que cette première journée pour le petit Lord, onze ans. Prêt à se donner une chance.

Une chance? Ou… était-ce un présage? Il n’en savait rien. La seule chose qui existait à présent, autre que cette impression d’extraordinaire, c’était cette marche de train. Si réelle. Irréelle quelques temps plus tôt. Mais il y était. Sur le point de s’envoler avec ce vent nouveau. Le train. Voilà son nom. Plus de zéphyr inquiétant. De Mistral inquisiteur. Juste une brise. Lente mais sûre. Train express. Direction vers d’autres vents. Et d’autres tours d’ivoires.

Un coup de sifflet retentit, un mouvement de train. Il doit déjà quitter cette première marche pour gagner la deuxième. Il reviendra. Il se fait la promesse solennelle de ne jamais oublier ce premier moment de cette nouvelle vie. Mais pour l’heure, la recherche d’un compartiment est nécessaire. Quittons ces lieux, ces doux rêves, ces marches de trains. Ces vents troubles. Et commençons notre vie.

*Je me demande…*

Plus le temps. Les instants et les questions le quittent, le train part, un fantôme s’envole à côté de lui. Il lui demande son nom. Il lui donne le sien. Premiers sourires. Première poignée de main. Premier départ.

Le monde n’était qu’à une journée, à souffle de train d’ici….

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CHAPITRE IV

août 25, 2009 at 9:54 (1)

Chambre de Guillaume, 22H00,
Ses doigts battent une mesure imaginaire sur ses touches. Le ciel s’asombrit. Il ne comprend rien à ce que ses fantômes amicaux de l’internet lui disent. Son plan, il le connait. Ecrire un paragraphe argumenté de 4 pages minimum. Subir railleries et quolibets de son amical bourreau, et sortir une corde pour se pendre dans un rêve. Et tout recommencer.
Pas envie. Pas d’inspiration. Va te faire Balzac! A 22Heures!
«Journal de Guillaume. Je vous honnis tous autant que vous êtes et j’ai envie de faire Dodo!! «wrong sentence, correct grammar please». F’chier! «wrong sentence, correct grammar please» Bon, si c’est comme ça que tu le prends, camelote amoureuse de ta grammaire à dix sous prend ça!» Sous le coup de la colère, Guillaume, respire, ouvre grand les yeux, et écrit pour la première fois sous le coup d’une émotion tenace et ardente:
Breathe alone with your sharp voice. Stay alone, reach the sound of the sky. Say Fuck OF! Do take your time! Think of a little Scream Horrors! Don’t stay on the sand. Listen to you and your cries. Break your windows and your borders. Tell to all of them to Fuck Off!!”
Je mets mes lunettes
Je suis là à me tracasser pour le devoir de Français. Les mots se mélangent, les parties me causent des soucis. Je ne sais pas trop si je dois parler de telle chose ou telle chose. Les autres ne pensent pas comme moi. Je commence à stresser. Le clavier se fait dur comme la pierre. Les touches refusent de s’enfoncer dans le bon ordre. Les lignes s’alignent de manière ordonnée dans un imbroglio de méthodologie carrée et structurée. Caractère 11. Time New Roman. Ainsi doit être rédigé mon devoir. 6 cm à gauche. Interligne de 1,5. Ne pas respecter une de ces règles signifie se risquer au maître du raisonnement. La littérature s’efface. La méthode m’étouffe. Je stresse de manière incontrôlable. Mon corps s’humidifie, mon cœur s’entrechoque dans sa cage dépoitraillée à 1.5 battements pas secondes, il essai de s’exprimer, se romance et s’inquiète tout seul. Mon cerveau transpire, il ne veut pas décevoir, il aperçoit les perspectives des mauvaises notes. Une moyenne qui baisse, des yeux qui tombent de leurs orbites et me laissent entrevoir la déception des autres cerveaux. Je stoppe. J’ai raté. La pression humidifie mon corps. Je suis un ado qui transpire.
Je retire mes lunettes.
C’est bon. Je vais sur mon blog, mes doigts filent sur mon clavier devenu lisse et tendre comme une feuille de papier. Chaque touche imprègne délicatement l’écran de mon ordi d’une encre suave qui veut crier un peu plus chaque jour. Mes doigts s’entrechoquent, j’accumule les fautes d’orthographes. Plus personne pour me dire quelle connerie d’interligne choisir. Ma langue se délie, humecte mes doigts. Ces enfants terribles recommencent leurs danses simiesque sur des touches devenues eau de pluie, vivantes et désireuses d’être écrasées, souillées par les pensées d’un cœur qui ne bat plus qu’à 30 cri de joie par seconde, mon cerveau se tait, il écoute. Il ne dit rien de peur de s’en prendre une. Le bougre écoute et admire. Se libère un peu plus, se lance et attend. Il accepte. Il participe à la fête. Accuse le coup par des phrases un peu plus droites mais jamais contraintes. Tout se comprend facilement. Plus de logiques. Vive l’ellipse du verbe sans grammaire ni conjugaison. La musique que j’écoute. J’ai envie de la faire hurler.

VII

Alors que chez les malades mentaux de la France Moyenne
Sara

Elle s’appelle Sara… Joli prénom… Oui… j’aime beaucoup, elle a un superbe prénom. En vérité, si j’avais une fille, elle s’appellerait Sara. Beaucoup de gens me regardent bizarrement quand elle leur hurle son prénom lorsque nous nous rendons aux endroits où nous pouvons nous adonner aux plaisirs de la chair. En même temps, c’est vrai qu’elle ne connait pas grand monde à part moi. Elle est un peu sauvage, ça n’aide pas les choses. La première fois que je l’ai vue, c’était parce que je regardais les autres. C’est marrant. C’est en faisant plus attention aux autres que je suis tombé sur elle. Et qu’elle est tombée sur moi. Depuis, on ne se sépare jamais. Elle est ma seule amie, ma seule confidente. Un peu comme une sœur. Enfin, plus qu’une sœur. Surtout lorsque l’orage gronde, qu’elle se blottit contre ma cuisse et qu’elle me fait comprendre ce qu’elle a envie de faire. Dans ces cas là, je desserre mon étreinte et nous allons tout deux nous accoupler pour ne former qu’un, vivre un moment de joie intense, d’une excitation casi-mystique. Entre nous, cela a toujours été fusionnel. En même temps, comment ne pas craquer devant sa robe noire qui épouse si voluptueusement ses formes. Comment ne pas frissonner devant sa bouche, ses petites lèvres fines entrouvertes. Comme pour, dans un soupir, me demander ce pourquoi je sais qu’elle m’aime. Moi aussi, quand le désir devient un besoin, je sais lui faire comprendre. Elle sait comment me faire comprendre. Je sais comment la comprendre et la faire comprendre. Malheureusement, parfois je peux la décevoir. Oui, parfois je peux aller un peu vite… faire glisser trop rapidement sa robe ou la charger de trop de remords lorsque parfois, je peux hésiter et de fait, aller trop vite. Je suis comme ça. Mais elle sait me le pardonner. Elle me le pardonne toujours, et ainsi, je sais par la fumée odorante de sérénité qui se dégage de sa bouche, qu’une fois notre union scellée, une fois que le dernier tonnerre de plaisir a retenti, je sais qu’elle est heureuse. Et cela me rend heureux. Ainsi notre relation, c’est une succession de plaisirs à deux. On n’a jamais parlé que de ça en fait. Cela me désole parfois qu’elle ne soit pas capable de penser à autre chose et qu’elle ne me pense pas capable de penser à autre chose. Mais, cela, c’est surement ma faute. Je l’ai choisie pour cela, elle m’a
choisie pour ça.

Ma femme n’a jamais compris ou essayé de comprendre notre union. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir non plus. Toutes ces nuits à la tromper avec Sara… Cela a été un choc pour elle. Pourtant, au départ, tout était parfait. Elle ne se doutait de rien et ne pouvait se douter de rien. Pas de preuves compromettantes. Je ne laissais jamais de traces de ma protection. Sara et moi ne retournions jamais au même endroit, jamais elle et moi ne laissions de trace de notre passage. Oh, bien-sûr, ma femme a pu avoir quelques soupçons passagers. Elle a bien vérifié mes mails, sondé mes poches. Elle ne trouvait jamais rien. Il n’y avait rien à trouver. Comme je l’ai dit nous prévoyions tout. Cependant, à chaque fois qu’elle me disait un «Tu rentres tard» chargé de regrets et de reproches, j’en ressentais la brûlure. C’est peut-être difficile à croire, mais j’aime ma femme. Mes sentiments pour elles sont les mêmes qu’au début. La seule chose qui ait changé, c’est l’intervention brutale de Sara dans ma vie, et donc forcément, dans la vie de ma femme.

Un jour, ma femme découvrit l’existence de Sara. Je lui ai avoué tout ce que j’avais sur le cœur. Tout. Je ne pourrai décrire l’horreur puis la fureur qui décomposa son visage. Elle ne se sentait pas seulement trahie, elle était horrifiée. Je l’ai toujours trouvé un peu coincée. Si je ne l’avais pas retenue, elle se tuée avec Sara. Elle, elle ne bougea pas pendant toute la rencontre. Elle n’arrêtait pas de me donner des coups dans la cuisse. Je crois que la situation l’excitait. Et je pense même qu’elle était en extase. Je la comprenais. En y repensant la situation m’excitait moi aussi et puis enfin l’hypocrisie pouvait cesser. Et nous allions vivre chaque jour ensemble.

Malheureusement cela ne fut pas aussi facile. L’affaire se régla au tribunal. Chaque jour, elle pleurait plus. A chaque mots que l’avocat proférait, m’accusant et envenimant les choses, ma femme était sur le point de s’évanouir. Il n’y avait pas de témoins à la barre, mais je ne niai pas. Je m’en fichais… J’oubliai tout. Ma femme, le juge, l’avocat. Et c’est uniquement lorsque Sara fut présentée à la barre, que mes aveux éteints et peu engagés se transformèrent en pleurs et en cris de désespoir. Elle était à trois mètres de moi. Si seulement j’avais pu la toucher, ne serait-ce que pour sentir son odeur, suivre de ma main moite et fébrile ses formes douces et abruptes, profiter une dernière fois de sa voix….

Alors je me levai. Le greffier, surpris ne sut comment réagir. Je parvins à rejoindre le banc de l’avocat, j’assénais un coup puissant sur le crâne de l’avocat général et je libérai Sara de sa protection en plastique. Ainsi je m’en servis une dernière fois pour me donner la mort. Elle me donna la mort. Mon regard figé voyait sans voir l’inscription “Sara” faite au laser il y a déjà trois ans sur elle. La dernière chose que j’entendis, ce fut Sara, son bruit significatif lorsqu’elle et son canon encore fumant retombent sur le sol, l’extase atteint.

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CHAPITRE III

août 25, 2009 at 9:54 (1)

Mamad et Bashir
Il était une fois, dans la France régionale de nos Treize heures, une famille d’ouvrier, un peu plus bronzée que la moyenne locale qui coulait des jours heureux dans le petit village de Froissac-sur-la-houille, dans la creuse charmante et campagnarde. Les Soulabou, c’est ainsi qu’ils s’appelaient, vivaient dans le quiet appartement B de la rue des Jonquilles. Mamad et Bashir, aînés de la famille qui attendaient un heureux septième évènement, s’entendaient parfaitement et passaient leurs journées libres ensemble. Le sens du partage et une amitié sans égale les unissait. Le plus jeune, Bashir, s’appliquait à réussir ses études dans le lycée du quartier. Mamad, après un choix cornélien entre la plomberie et la formation charcuterie, s’épanouissait entre les carcasses de vaches suspendues par les sabots et les camarades de couteau rigolards et joyeux. Les quatre autres frères étaient répartis entre le primaire et le collège. Le père, travaillait trente cinq heures par semaine pour assurer un confort financier relatif et trois repas par jours. La mère, passait ses journées à étudier la littérature moyen-orientale et à confectionner de bons petits plats avec les produits frais du super-discount du quartier.
Après dix-huit heures et le dernier repas familial, les deux inséparables se retrouvaient dans une charmante gargotte non loin de l’hyper centre de Froissac-sur-la-houille en compagnie de camarades de classe, d’amis de formation et de Jennifer, sa petite copine. Jennifer dont le nombril était tous les soirs, le sujet d’un débat passionné. Piercing ou tatouage ? Ce quotidien confortable mais sans surprises satisfaisait pleinement les deux compagnons qui vécurent leurs meilleurs années dans ce village.
Un soir, alors que Jennifer racontait son passage chez le tatoueur -oui, pour finir, ils avaient optés pour un tatouage qui ils jugeaient cela « carrément mieux qu’un pierc ! »- Bashir remarqua que son frère se conduisait d’une étrange façon. En effet, il discutait avec des inconnus et échangeait des choses avec eux sous son manteau, à l’abri des regards. Lorsque, revenus du bar, il lui demanda « c’que tu foutais ce soir putain ! », Mamad répondit simplement :
-Yalah ! J’deviens quelqu’un !
Et il prenait un air de supériorité qui ne lui était pas coutumier. Ce soir là, Bashir s’endormit avec l’étrange impression que Mamad ne lui avait pas tout dit.
Le lendemain, son manège recommença et Bashir tenta de lui faire avouer la vérité. Laconique, celui-ci répondit simplement qu’il « quittait cette ville de pouilleux pour le neuf-trois ! » Et tout en disant cela, son regard vaniteux le reprit.
Après un bref au revoir pour son frère et un mot sur la table pour ses parents, Mamad prit le train pour la ville qui, pensait-il, lui ouvrirait les portes de l’argent facilement acquis et des demoiselles respectables et peu farouches. Bashir avait le cœur brisé. Il s’inquiétait pour son frère. Mamad devait se rendre chez son chef opérateur qui l’initierait aux subtilités du « distribuage » en milieu modeste. Monsieur A. Nonime, c’est ainsi qu’il s’appelait, estimait qu’une hygiène de vie irréprochable et un professionnalisme sans faille était obligatoire dans ce milieu pour réussir. Ca, en plus de l’interdiction d’utiliser la marchandise à des fins personnelles.
-Après tout, M. Soulabou, on ne vend pas des articles d’occasion quand on est un professionnel, avait-il ajouté, Autre chose, votre image est très importante, vous ne pouvez pas vendre correctement et avoir l’air de sortir de n’importe quel trou paumé. Il faut de la classe et un minimum de talent. Nous ne sommes pas tous pourvu d’une noblesse naturelle. Il faut une voiture qui en impose et un regard hautain. Un maximum de mépris dans la voix. Comme celui que j’ai pour vous par exemple. Tout notre travail consiste à détruire la confiance en soi de l’acheteur. Plus il se sentira mal et misérable, plus la vente sera facile.
Mamad se taisait et secouait docilement la tête en signe de compréhension : il pensait en apprendre plus sur la vie en un court entretien que durant toute son enfance à écouter les valeurs vieillottes et inutiles de son ouvrier de père. Détruire le moral et l’image de soi d’autrui. Dieu que le monde était facile !
Après cela, il fut envoyé payer le pot-de-vin hebdomadaire de l’officier de police du commissariat du quartier. Cet honnête fonctionnaire –comme il en existe des milliers- se taisait et tenait les forces de l’ordre à l’écart en échange du financement de son bungalow dans le sud de la France pour sa retraite.
Puis, le vrai travail de Mamad commença. En moins d’un mois, il avait assez d’argent pour louer son propre H.L.M. Devenu un spécialiste dans les endroits les plus rentables, il avait été promu chef de la division Saint-Denis. Suivant les conseils avisés de son mentor M. Nonime, il jouissait d’une excellente réputation. Il devint de plus en plus riche et cultiva l’art du sourire complaisant, de la toise experte et était capable de se promener avec plus de 50 grammes d’or fin par habillement. Sa voiture de fonction, une Mercedes plaquée or lui avait valu le titre de vendeur « Bling Bling » de l’année par le Rotary Club des amicaux dealeurs-violeurs du quatre-vingt treize. En cinq ans, il devint l’un des dealers les plus doués de sa génération. Il était le symbole d’espoir, d’accomplissement personnel et l’exemple à suivre pour les générations futures. Et, accessoirement, l’ennemi public numéro un des brigades des stupéfiants de tout le pays.
Un jour, après une transaction fructueuse avec un habitué de la commune d’Auteuil, Mamad reçut un message vocal paniqué de l’un des employés de M. Nonime. La planque principale était perquisitionnée en ce moment même par des agents de la brigade des stupéfiants. Mamad se rendit le plus rapidement possible sur les lieux. Chose difficile compte tenu du poids de sa voiture. Là-bas, une montagne de paquet de poudre blanche et son chef menotté l’attendait. M. Nonime semblait soulagé. Imperial, il désigna Mamad du doigt et dit dans un souffle :
-C’est… c’est lui le chef ! Je ne suis qu’un petit dealer occasionnel ! C’est lui le cerveau de toute l’opération ! C’est lui que vous cherchez !
Tous les regards extatiques, symptomatiques des bonnes prises, se tournèrent vers lui. Mamad n’avait pas vraiment le cœur à accepter la promotion. Il fut accueilli à bras ouvert par le policier qu’il arrosait chaque mois depuis un an.
Mamad était perdu. Avec les charges retenues contre lui, il aurait pu être condamné à mort dans 26 états différents. Il atterrit en prison.
Pleurant et implorant un pardon et une miséricorde qui semblaient ne jamais arriver, seul dans sa cellule, il attendait son procès. Son avocat commis d’office semblait aussi effrayé que lui.
Un jour, Mamad reçu une visite inattendue. C’était Bashir son frère qui était de passage à Paris ! Il avait suivi toute l’affaire par la presse et semblait déterminé à le défendre. Il avait fait des études de droit, était devenu un des plus jeunes avocats de Froissac et vivait avec Jennifer qui s’était consolé entre ses bras après le départ de Mamad. D’ailleurs, elle attendait un enfant ! -le papillon sur son nombril en était horriblement déformé-
Après deux mois, et l’utilisation de toutes les niches judiciaires que Bashir savait exploiter avec un talent certain, Mamad était sorti d’affaire et avait appris qu’un travail honnête et une droiture morale sans faille permettait de trouver le bonheur. Il retourna à Froissac en compagnie de son frère, recommença une formation de charcuterie et se maria avec Marjolaine, la cousine de Jennifer. Ils vécurent tous heureux dans le joli village de Froissac et apprirent à leurs enfants que seule la modestie et le travail procuraient une situation stable dans la vie.
M. Nonime, Bichon de son vrai nom, fut libéré vingt ans après son arrestation. Il trouva la mort trois jours plus tard dans un accident de voiture après qu’une des jantes en diamant de sa vieille Rolls Royce se soit détachée.

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